Jenny Holzer, OH
01.06.01 - 20.09.01
Jenny Holzer, OH
01.06.01 - 20.09.01
Jenny Holzer, OH
01.06.01 - 20.09.01
Jenny Holzer, OH, 2001. Capc musée d'art contemporain. Photo Frédéric Delpech
Jenny Holzer, OH, 2001. Capc musée d'art contemporain. Photo Frédéric Delpech

Depuis plus de vingt ans, l'artiste américaine Jenny Holzer utilise les supports privilégiés de la communication écrite (affiches, magazines, panneaux publicitaires électroniques), ou audiovisuelle (télévision, internet). Elle invite ainsi le spectateur à lire ses textes mis en page selon des rythmes de diffusion et des espaces topographiques qui cimentent le sens de ses écrits.

Du
01.06.01
au
20.09.01

Pensé et produit à Berlin pour la Neue National-galerie, OH est le dernier texte écrit par Jenny Holzer. Dans la continuité du projet de Berlin, le capcMusée d'art contemporain propose la nef et les mezzanines à l'artiste qui a choisi d'introduire huit lignes de signaux électroluminescents couleur ambre, diffusant des extraits des premières séries - Truisms, Inflammatory Essays, Living, Survival, Under a Rock... jusqu'à OH. Accompagnant le silence et la rigueur architecturale de l'Entrepôt, l'installation est rythmée par le défilement des phrases qui surlignent les perspectives de la nef. La circulation des flux de mots produits par les diodes contrôlées par ordinateur, invite à la déambulation entre les lignes, ou à suivre, depuis les mezzanines, les partitions de textes orchestrées par Jenny Holzer. L'apparition et la disparition des différentes séries créent des flux et des reflux de lumière dorée qui promènent le corps et l'esprit du spectateur d'un bout à l'autre de la nef. Confrontant l'immuabilité et la stabilité de l'architecture à la subtile matérialité des phrases qui se volatilisent, s'évanouissent sur les murs ou s'épuisent d'elles-mêmes grâce à la programmation informatique, Jenny Holzer nous projette dans un espace spectaculaire animé par la féerie des lumières. Des projections au xénon d'extraits de plusieurs textes sont prévues sur la Garonne, sur différents édifices bordelais et sur la dune du Pyla.

 

Un art public entre esthétique et éthique

 

Quelques artistes new-yorkais ont, au début des années 80, cherché à échapper au retour en force qu'effectue la peinture sur la scène artistique internationale. Jenny Holzer, Barbara Kruger, Richard Prince, Cindy Sherman vont alors tirer parti des exigences esthétiques et intellectuelles de l'art conceptuel et dans une moindre mesure, du Pop art. Les formes visuelles médiatiques caractéristiques de ce début de décennie deviennent le support d'un art qui, jusqu'à présent, privilégiait le concept sur l'objet plastique et se détournait de l'expérience sensible. Dans les années 10, en détournant un objet de sa fonction quotidienne, Marcel Duchamp inventa le ready-made, questionnant et désacralisant du même coup l'art et les lieux qui y sont voués. Andy Warhol, quelques 40 ans plus tard, ainsi que de nombreux artistes du Pop Art, se concentrèrent sur la reproduction ou le réemploi d'images ou d'objets issus du mythe américain. À la fin des années 70, Jenny Holzer va emprunter à la culture de masse ses moyens de communication. Explorant des supports très alternatifs comme l'affiche publicitaire ou le tee-shirt imprimé, elle s'appuie sur une esthétique commerciale qui donne à son art une dimension publique. Quant à ses textes, ils se construisent selon une éthique qui privilégie la méditation sur notre condition humaine. Les territoires géographiques (Etats-Unis, Allemagne, France, Japon, Italie….), historiques (les différentes querres) ou sociologiques (l'épidémie de sida, les crimes sexuels, le racisme) lui ont permis de multiplier les traductions de ses aphorismes ou poèmes en de nombreuses langues. Jenny Holzer appartient à la génération de la télévision et de la publicité, ce qui l'amène naturellement à réfléchir à l'aperception de l'art au début des années 80 dans une société du « tout image» où le moindre espace est porteur de signes – marqueurs publicitaires ou politiques – support fascinant d'une production de textes et d'images accessibles au plus grand nombre. Rapidement détournés par Jenny Holzer, ces supports, affiches imprimées, tee-shirts panneaux publicitaires à grande échelle en signes Spectacolor, bancs de pierre ou LED signs2, lui permettent de produire une adaptation texte/image.

Substituant le texte à l'objet, soumettant le langage à sa pensée, elle pousse le lecteur de ses maximes, de ses récits, de ses poèmes à prendre possession de ses idées et position, tout comme elle s'approprie l'esthétique des supports urbains de la communication. Depuis quelques années, elle a ajouté à la mobilité et à la couleur des LED signs, le laser et le xénon qui lui permettent de projeter des textes monumentaux sur les façades des édifices des villes qui accueillent son travail, et parfois sur l'eau. Exploitant la topographie et l'histoire d'un site, ses mots naissent d'un accord entre la forme et le fond, évoquant un simulacre de visuel publicitaire, messages subversifs, provocants parfois. Elle invite le lecteur à réfléchir, à sortir du caractère esthétique du support et à se concentrer sur la valeur intrinsèque du message dont le flux programmé par ordinateur hypnotise le spectateur.

Méditation sur la condition humaine inscrite dans la ville - à Bordeaux aujourd'hui ou à Paris pour le Festival d'Automne à la rentrée - ou dans les espaces voués à l'art – le capcMusée d'art contemporain ou a Chapelle de la Salpêtrière - les matériaux de Jenny Holzer sont les mots. Ils interrogent les structures sociales, les liens entre homme et femme ou femme et enfant, parlent de la place de la femme, de la guerre, des crimes sexuels ou encore de la nature du pouvoir.

De narrateur à observateur attentif, Jenny Holzer est passée en quelques années d'une écriture impersonnelle à une forme écrite plus subjective, plus littéraire allant de pair avec une liberté sémantique qui lui permet d'écrire à partir du point de vue de plusieurs personnes comme dans Lustmord3 ou de s'attarder avec OH sur une description presque incestueuse du corps d'une adolescente. La diversité de ses textes situe son travail dans une mouvance féministe et une revendication d'identités multiples.

 

LED signs2, abreviation de light-emitting diode (diode électroluminescente à défilement) qui constitue le support technique de nombreuses installations permettant à Jenny Holzer de programmer et de diffuser à partir d’un sytème lumineux, le défilement de ses textes.

 

Lustmord3 mot allemand signifiant crime sexuel.

Visites commentées des expositions
Visites commentées des expositions
Visites commentées des expositions
Visites commentées des expositions
Les samedis et dimanches à 15h