Exposition //

13.02.2018 -> 24.02.2019

Satellite 2018
NOVLANGUE_

 

La programmation Satellite est confiée, chaque année, à un commissaire indépendant chargé de concevoir trois expositions. Pour la 11e édition de cette programmation, le Jeu de Paume et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux renouvellent leur partenariat et s’associent à un nouveau partenaire, le Musée Amparo de Puebla, Mexique. 

Agnès Violeau, commissaire indépendante basée à Paris, est invitée à concevoir cette programmation, intitulée « NOVLANGUE_ ». Les trois expositions sont présentées au Jeu de paume à Paris, au CAPC et au Musée Amparo de Puebla en 2018. 

Les expositions de la programmation Satellite s’accompagnent de trois publications. Chaque année, le Jeu de Paume et le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux font appel à des graphistes indépendants pour imaginer l’identité graphique des trois volumes de la programmation. Le graphisme de cette édition 2018 de Satellite 11 a été créé par Jérémy Glâtre.


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« Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. » — Ludwig Wittgenstein

À l’heure où Google oeuvre à la création d’un « métavers », monde de demain constitué de plusieurs couches de différentes réalités, aussi bien au coeur de l’espace public ou de l’intime, la langue et son usage sont plus que jamais au centre du débat.

En écho à un nouveau système de parole médiatique, ce « théâtre de la parole-spectacle¹ » se construit à l’aube du XXIe siècle sur une réduction du langage (Twitter), sur le néologisme (Brexit, Frexit, réflaxion…) et la post-vérité (faits alternatifs).

Cette édition 2018 de la programmation Satellite se compose des propositions de Damir Očko, Daphné Le Sergent et Alejandro Cesarco, engageant la parole publique comme outil d’individuation. Les trois expositions viennent irriguer l’analyse critique d’un monde en contraction de pensée², offrant une hypothèse de réponse aux limites d’un discours formaté, équarri, dépouillé.

À l’ère du virage numérique et de sa capillarité, alors que même la parole publique, relayée par les médias, fait usage des réseaux comme d’une agora, la question d’une langue réduite, formatée, simplifiée refait surface. Cette mutation géopolitique n’est en effet pas sans évoquer un paysage langagier imaginé par la littérature en 1949. Le novlangue est la langue officielle d’Océania, région fictive inventée par George Orwell dans son roman dystopique 1984. Utilisée dans l’écriture même du récit, cette langue est définie par Wikipédia comme « un principe simple : plus on diminue le nombre de mots d’une langue, plus on diminue le nombre de concepts avec lesquels réfléchir […], moins les gens sont capables de réfléchir et plus ils raisonnent à l’affect. La mauvaise maîtrise de la langue rend ainsi les […] sujets aisément manipulables par les médias de masse tels que la télévision³. »

Cette simplification lexicale et syntaxique de la langue rend difficile voire impossible toute pensée critique. Le paradigme du novlangue, réduit à son minimum, fonctionne alors comme un langage-écran construit sur l’affect, l’idéologie, la rhétorique, la régularité absolue. La langue est le point d’achoppement entre vérité et falsification.

Pointant une distance toujours plus courte entre l’information donnée et sa lecture, mais aussi la possibilité nouvelle de naviguer entre les mots et les signes, « NOVLANGUE_ » tente d’ouvrir une cosmogonie du langage, une fabrique de pensée, une forme de résistance par le champ de la langue et de l’exposition.

 

Agnès Violeau, commissaire

 

Agnès Violeau, née en 1976, vit et travaille à Paris. Elle est commissaire d’exposition et critique d’art indépendante. Ses recherches se portent sur la fabrique de l’exposition et les territoires langagiers.

 

¹. Christophe P. Lagier, Le Théâtre de la parole-spectacle : Jacques Audiberti, René de Obaldia et Jean Tardieu, Birmingham (États-Unis) Summa Publications, 2000.

². Pierre Bourdieu décrit en 1977 un « rapport au monde déréalisé ».

³. Wikipedia reprend de manière libre et modifiable la définition de l’auteur, écrite dans le livre.

 

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Expositions coproduites par le Jeu de Paume, le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux et le Musée Amparo de Puebla, Mexique.

Les Amis du Jeu de Paume et du CAPC contribuent à la production des oeuvres et des catalogues de la programmation Satellite.

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-> Galerie Arnozan, 2nd étage
-> Tarifs : Entrée du musée, 7 € ; 4 € (tarif réduit)
-> Voie d'accès pour personnes handicapées

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