CAPC
musée d'art contemporain
de Bordeaux

Exposition // SATELLITE "ENTER THE STREAM AT THE TURN" //

27.11.2015 -> 14.02.2016

Nguyen Trinh Thi

Lettres de Panduranga

L'exposition Lettres de Panduranga de Nguyen Trinh Thi s'inscrit dans le cadre de "Enter the Stream at the Turn"une proposition d'Erin Gleeson, pour la programmation Satellite présentée au Jeu de Paume, Paris et au CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux.
La programmation Satellite « Enter the Stream at the Turn », est coproduite par le Jeu de Paume, Paris et le CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux.

----


Vidéo HD monocanale
Dialogues : vietnamien, sous-titres français et anglais
Durée : environ 35 


Cinéaste et plasticienne née en 1973 à Hanoï, Nguyen Trinh Thi a étudié le journalisme et la photographie à l’Université d’Iowa ainsi que les relations internationales et le cinéma ethnographique à l’Université de Californie à San Diego. Ses films documentaires et expérimentaux sont présentés au Vietnam et à l’étranger dans de nombreux festivals et expositions. Elle fonde en 2009 le Hanoï DocLab, centre dédié au film documentaire et à l’art vidéo à Hanoï, dont elle continue de diriger les activités et où elle enseigne.

Choisie pour son approche à la fois multiple, très personnelle et poétique d’événements sujets à controverse, historiques ou actuels, qu’elle aborde par les moyens du cinéma expérimental et de la vidéo, Nguyen est la quatrième et dernière artiste présentée à l’occasion de la programmation Satellite, « Rallier le flot ». Elle s’est fait connaître par deux installations vidéo au format exceptionnel, Unsubtitled (2010) et Landscape Series #1 (2013), qui articulent avec pertinence la problématique de la censure sous les points de vue de la collectivité, du journaliste et de l’artiste.

Avec Lettres de Panduranga (2015), commandée dans le cadre de la programmation Satellite, Nguyen prolonge ses expérimentations à la frontière du documentaire et de la fiction dans un essai filmique réalisé avec des villageois de l’ethnie Cham vivant dans le dernier et plus méridional territoire de l’ancien royaume de Champa. Celui-ci, fondé voici près de deux mille ans, a été annexé en 1832 par le royaume du Dai Viêt (l’actuel Vietnam). La province de Ninh Thuân, qui portait autrefois le nom de Panduranga, est le centre spirituel de l’antique culture matriarcale Cham.

Lettres de Panduranga trouve sa source d’inspiration dans le projet du gouvernement vietnamien de construire d’ici 2020, dans la province de Ninh Thuân, les deux premières centrales nucléaires du pays. Le débat public relatif à ce programme a été très largement inexistant au Vietnam : l’État exerce en effet un contrôle strict sur les activités des médias ainsi que sur les possibilités d’expression de l’opinion publique et a exclu des consultations les collectivités locales concernées.

De 2013 à 2015, s’appuyant sur un réseau d’intellectuels Cham, Nguyen a séjourné à plusieurs reprises dans la province de Ninh Thuân. À chacune de ses visites, elle a été confrontée aux problématiques de l’accessibilité, de la représentation et de la documentation – ainsi qu’à celle de la prise de parole au nom d’autrui. Si Lettres de Panduranga est tout d’abord conçu comme un portrait des Cham du Vietnam confrontés à des circonstances qui menacent leur existence même, l’œuvre a également évolué, par voie de conséquence, en un portrait de l’artiste en vidéaste.

« En tant qu’artistes, explique-t-elle, nous sommes animés par deux désirs contradictoires : celui de nous engager, mais aussi celui de disparaître. » Tandis que nous découvrons avec les portraits individuels et de groupes filmés au plus près les magnifiques paysages maritimes et terrestres de la région, des espaces et des rituels sacrés ou profanes soigneusement cadrés, un homme et une femme anonymes lisent en voix off les lettres qu’ils se sont adressées l’un à l’autre. Confrontés tous deux à une incertitude multiforme, ils articulent un questionnement critique à propos de ce qui nous est donné à voir : le travail de terrain, l’ethnographie, l’accès à l’histoire, la perpétuation des colonialismes – de l’invasion du Vietnam par les Français à l’invasion du pays des Cham par les Vietnamiens. D’autres évocations se font jour au fil de l’œuvre : les bombardements américains, les objets issus des expositions coloniales et des collections d’art, la vulgarité des lieux touristiques et des politiques culturelles de l’UNESCO, mais aussi des citations rendant hommage aux deux influences principales de Nguyen, à savoir Lettre de Sibérie, de Chris Marker (1957), et Les Statues meurent aussi, de Chris Marker et Alain Resnais (1953), deux films documentaires novateurs qui expriment une critique incisive des conséquences de l’industrialisation et du colonialisme.

Lettres de Panduranga s’achève sur une forme visuelle et narrative qui semble à juste titre indéterminée. La voix de Nguyen fait entendre en guise de conclusion le dernier vers d’une épopée due au poète cham Tra Vigia, intitulée Nuits indistinctes : « Il se pourrait que j’aie rêvé dans un poème qui touche à sa fin. »

 

Erin Gleeson,
Commissaire d'exposition indépendante

 

 
L’exposition est coproduite par le Jeu de Paume, Paris, la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques et le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux.

L’association des Amis du CAPC contribue à la production des œuvres de cette programmation.

----

-> Galerie rez-de-chaussée
-> Voie d'accès pour personnes handicapées
-> Tarifs : Entrée du musée, 6,50 € (plein tarif) ; 3,50 € (tarif réduit)

----

www.rosab.net
Web magazine en ligne

> la collection en ligne <