CAPC
musée d'art contemporain
de Bordeaux

Exposition

14.11.2013 -> 16.02.2014

Michael E. Smith

A l'heure où les sociétés occidentales dépassent les limites de leur développement et devraient préférer l’auto-préservation à l’expansion, les oeuvres de Michael E. Smith défient le désastre écologique et économique de notre temps avec un matérialisme de nécessités vitales. Smith a effacé les êtres humains de son art. Il les a remplacés par une physiologie et une psychologie des choses. Il travaille à partir de vêtements abandonnés – chaussettes, t-shirts et chapeaux –, d'objets domestiques – des bouteilles et des bols –, de morceaux d’appareils ménagers, de cadavres d’animaux et de résidus de toutes sortes qu'il dispose à la manière d'un médecin légiste comme des fragments matériels ayant survécu à une maltraitance. Les intérieurs de ces objets sont remplis de mousse PVC, la résine rigidifie leur forme, leurs surfaces sont engluées et rayées. Les traces qu'ils portent sont leurs cicatrices. Reconstructions physiques de vulnérabilité émotionnelle et de violation, les objets de Smith viennent « après » ; ses expositions, elles, ressemblent à une archéologie de l’humanité.

Les sculptures et tableaux de Smith puisent dans un répertoire restreint de matériaux inventés pour satisfaire les besoins physiques de base en matière de nourriture, de chaleur ou de protection, mécaniquement utilisés dans les routines du quotidien. Ils sont rendus hors d'usage. Les objets produits sont posés dans des espaces d'exposition vides qu'ils hantent plus qu'ils ne les occupent passivement. Exclus du monde social dont ils faisaient partie, ces objets subsistent dans l'isolement, dans une sombre atmosphère de détérioration, d’entropie et de régression caractéristique de l’oeuvre de Smith, même si le visiteur retient surtout les aspects formels des objets.

La production de Smith refuse ostensiblement de s’aligner sur les idéaux ascétiques en prétendant que « moins, c’est plus » (« less is more »). Les modes de vie modestes ont depuis longtemps commencer à dépasser la volonté de ceux qui les ont adoptés, et la redistribution économique vers le haut apprend aux classes moyennes à craindre le déclin social. Pour beaucoup, « le moins » signifie une vie réduite à l’essentiel, un seuil de pénibilité que les objets de Smith matérialisent en lieu et place d’un corps politique parfois sourd à ses propres besoins. Au point de se demander, avec Michael E. Smith, si une chose peut être plus humaine qu’un être humain.

En posant un ensemble d’oeuvres récentes pour la plupart créées dans les salles mêmes du CAPC musée d'art contemporain de Bordeaux, Michael E. Smith invente une partition en clair-obscur faite de pleins et de vides, de bruits et de silences, qui explore la viabilité de l’art. Cet ensemble sera reconsidéré par l’artiste à La Triennale di Milano, où l'exposition sera visible du 4 au 30 mars 2014.

Michael E. Smith est né en 1977, à Detroit (Etats-Unis), il vit à Hokpinton, New Hampshire.
De 2004 à 2006, Michael E. Smith a fait des études au College for Creative Studies (CCS) de Detroit. En 2008, il termine des études d’art dans l’atelier de Jessica Stockholder à Yale University, département sculpture. Il enseigne depuis 2008 au CCS. Parmi ses récentes expositions : 2011 Mönchehaus Museum Goslar ; 2012 Culturgest Lisbon, Whitney Biennial New York ; 2013 Ludwig Forum Aachen. 

L’exposition est co-produite par le CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux et la Triennale di Milano du 4 au 30 mars 2014.

Remerciements
Guillaume Leblon, Paris ; Clifton Benevento, New York ; KOW, Berlin ; Zero, Milano.

 

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-> Curator(s): Alexis Vaillant, responsable de la programmation au CAPC
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-> Galerie Foy, rez-de-chaussée
-> Voie d'accès pour personnes handicapées
-> Tarifs : Entrée du musée, 5 € (plein tarif) ; 2,50 € (tarif réduit)
-> Partenaire(s): L’exposition Michael E. Smith est réalisée avec le concours d'Expeditors International France SAS

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