CAPC
musée d'art contemporain
de Bordeaux

Philippe Decrauzat

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Mirrors, 2008

Peinture murale
Dimensions variables.

Oeuvre acquise par les Amis du CAPC en 2011.

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Né en 1974, l’artiste suisse Philippe Decrauzat vit et travaille à Lausanne.
Son œuvre, ancrée dans l’héritage de l’art abstrait du XXème siècle utilise à la fois le langage formel des constructivistes russes, les effets optiques de l’art cinètique ou encore les formes géométriques simples de l’art minimal. Ses peintures murales, sculptures, installations ou encore ses films s’appliquent à déconstruire méticuleusement les codes de l’abstraction picturale.

 

Mirrors, comme de nombreuses peintures murales de Philippe Decrauzat, utilise les effets de persistances rétiniennes ou d’illusions d’optique propres aux œuvres de Victor Vasarely ou de Bridget Riley. Mais Mirrors s’inscrit aussi dans une problématique conceptuelle proche des Wall Drawings de Sol LeWitt.

Si le spectateur est tout d’abord saisi par les piéges des effets optiques, Philippe Decrauzat cherche avant tout à analyser et à construire une distance critique du langage pictural abstrait tout en  assumant ses sources. Ainsi, Mirrors est une fresque qui s’inspire des Mirrors Paintings de Roy Lichtenstein, série commencée en 1969 pour laquelle Lichtenstein s’était concentré sur la manière dont certains fabricants de miroirs de son quartier avaient utilisé la peinture noire pour représenter ces derniers dans leur brochures publicitaires. Le miroir se trouvait ainsi réduit à un simple code couleur « le noir ». Ce qui intéressait Lichtenstein n’était pas le pouvoir réflexif du miroir mais la capacité suggestive d’une simple forme noire à rendre compte de cet objet. Icône du Pop américain puisant ses sources dans l’esthétique triviale de la publicité, Lichtenstein envisageait sa peinture comme un miroir, miroir d’une réalité vue à travers la culture de masse américaine dont il esquisse une subtile critique. Les œuvres de Philippe Decrauzat s’inscrivent dans cette même logique critique et réflexive puisant ses références à la fois dans la culture populaire et les poncifs de l’art abstrait en revendiquant une œuvre avant tout conceptuelle. Il élabore souvent ces peintures à partir de compositions visuelles complexes dans une gamme chromatique sobre, le blanc et le noir (dans les années 50, Victor Vasarely produit ses premières peintures en jouant sur le contraste de ces deux couleurs).

Hormis cette référence au cinétisme, ce qui détermine les peintures murales de Decrauzat et notamment Mirrors n’est autre qu’un certificat signé par l’artiste et un CD sur lequel est gravé un fichier Indesign. Ce fichier contient les informations nécessaires à la fabrication de stickers qui sont ensuite collés sur les murs. Les stickers servent ensuite de pochoirs pour la réalisation de la fresque (une peinture noire sur un fond blanc avec un effet de miroir).

Mirrors est une peinture murale résultant d’une superposition de deux systèmes de diagonales non parallèles qui viennent recouvrir, dans l’exposition Le Château[1], deux murs formant un angle. Les influences précédemment abordées se retrouvent : effets optiques, psychédéliques, formes minimalistes…

 

Cette œuvre acquise par les Amis du CAPC sur les conseils de Charlotte Laubard a été proposée en don pour la collection du musée par les Amis du CAPC. Présentée en 2008 à la Secession de Vienne en Autriche et au Printemps de Septembre à Toulouse, l’œuvre de Philippe Decrauzat trouve légitimement sa place dans la collection du CAPC. En effet, le musée a su constituer en presque trente ans un ensemble cohérent et représentatif des différentes problématiques liées à l’abstraction picturale et à l’art conceptuel en exposant régulièrement et en achetant des œuvres de  Sol LeWitt, Daniel Buren, Peter Halley ou en obtenant des dépôts de l’Etat d’œuvres d’Olivier Mosset, Stéphane Dafflon ou encore Jim Isermann.

Il est intéressant de noter que treize œuvres de Philippe Decrauzat ont été achetées pour les collections publiques françaises, cinq aux Abattoirs à Toulouse, deux au Fonds National d’Art Contemporain et trois ont été acquises par des Frac.

 

 


[1] Les documents iconographiques joints montrent l’œuvre réalisée pour cette exposition

www.rosab.net
Web magazine en ligne

> la collection en ligne <