CAPC
musée d'art contemporain
de Bordeaux

Exhibition // Dans le cadre de "Ressources", Saison culturelle Bordeaux 2021 //

24.06.2021 -> 02.01.2022

Absalon Absalon

Dans la nef du musée.

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Avec : 
Absalon, Alain Buffard, Dora García, Robert Gober, Felix Gonzalez-Torres, Marie-Ange Guilleminot, Mona Hatoum, Laura Lamiel, Myriam Mihindou 

 

Absalon Absalon est une exposition collective qui prend comme point de départ l’œuvre prématurément interrompue de l’artiste franco-israélien Absalon pour en proposer une interprétation renouvelée, à travers un réseau d’affinités formelles et conceptuelles avec une sélection d’œuvres de certain·e·s artistes de sa génération. Connue pour ses Cellules, des constructions architecturales géométriques d’un blanc immaculé, que l’artiste avait conçues et construites pour les habiter, la pratique d’Absalon a souvent été considérée à l’aune d’une généalogie des avant-gardes, dans la continuation d’une abstraction radicale, générique et idéalisée, déconnectée des contingences du monde. Sans nier que l’œuvre d’Absalon ait des traits communs avec une certaine téléologie historique, l’exposition propose d’en questionner les intentions et significations en en proposant une approche plus subjective, politique et incarnée.

À partir d’une large sélection de ses dessins, maquettes, sculptures, plans et prototypes à l’échelle un, elle entend d’abord montrer comment l’œuvre d’Absalon s’articule autour d’un unique programme, dont la trajectoire linéaire devait aboutir à un projet de vie, qui dépasserait le champ de l’art. Dès lors, sous son minimalisme de surface perce une multitude de questions sociales, affectives et psychologiques, qui toutes concernent l’émancipation d’un corps physique par rapport au corps social. Une échelle politique, mais absolument personnelle, minoritaire et non prescriptive, telle une poche de résistance lovée au cœur du système, plus implosive qu’explosive. Au sein des Cellules, il est moins question de claustrophobie ou de retranchement que de la construction d’un espace mental et physique à l’échelle un, à la fois protégé et connecté. Un bio-dispositif parasite qui fonctionne comme un lieu de vie et de soin dans un environnement considéré par l’artiste comme un ensemble d’assignations et de déterminations culturelles dont son œuvre doit lui permettre de s’affranchir.

En regard de cette utopie concrète, dans une logique de dépliage plus que de dialectique, un choix précis de travaux de huit artistes (Alain Buffard, Dora García, Robert Gober, Felix Gonzalez-Torres, Marie-Ange Guilleminot, Mona Hatoum, Laura Lamiel, Myriam Mihindou) crée des perspectives multiples, qui sont autant de courroies de transmission vers des questions culturelles, spirituelles, identitaires, poétiques et sentimentales, dissimulées au cœur de l’œuvre-programme d’Absalon, en allant au-delà de son premier abord monolithique et insondable. Elle place rétrospectivement la carrière fulgurante d’Absalon non pas au sein d’un hypothétique esprit des temps (celui des années 1990), mais dans un réseau de résonances politiques, formelles et affectives dont les échos s’entendent encore aujourd’hui.

Reconsidérer l’œuvre d’Absalon presque trente ans après sa disparition implique d’abord de réfléchir à sa singularité, mais aussi à sa proximité avec une certaine génération d’artistes qui a émergé internationalement au tournant des années 1990. L’œuvre d’Absalon, tout entière tendue par une volonté de vivre, et de vivre selon ses propres termes, est à situer près de celles des artistes qui, notamment dans le contexte de la lutte contre le sida, ont mis de côté les atermoiements qui avaient un temps séparé l’activisme de la pratique artistique pour se lancer dans des pratiques motivées par l’urgence et la nécessité impérative d’exister et de témoigner. Une dénonciation incarnée, performée, physiquement « incorporée », des mécanismes de l’oppression et du déterminisme, qui place rétrospectivement la carrière fulgurante d’Absalon dans un réseau de résonnances dissidentes dont les échos s’entendent encore aujourd’hui.

Commissaires : Guillaume Désanges et François Piron

 

BIOGRAPHIES DES ARTISTES

Absalon, 1964-1993
Israélien
 

Meir Eshel est né à Ashdod en Israël en 1964. Après avoir démissionné de son service militaire, Meir Eshel s’installe à Paris en 1987 où il s’inscrit, sur les conseils de son oncle, le critique d’art Jacques Ohayon, dans l’atelier de Christian Boltanski à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Jacques Ohayon, collectionneur et enseignant en histoire de l’art, est également une figure flamboyante et subversive de la nuit parisienne.

Cette année-là Meir Eshel prend le nom d’Absalon, inspiré par un récit de l’Ancien Testament, histoire d’un fils rebelle finalement vaincu et assassiné. Un nom associé à l’idée de révolte, mais aussi de destin tragique.

Alors qu’Absalon, encouragé par un cercle d’enthousiastes de plus en plus large, commence à montrer son travail et reçoit rapidement un succès critique, il est admis à l’Institut des Hautes Études en Arts Plastiques, dirigé par l’ancien directeur du Musée national d’art moderne, Pontus Hultén, et par les artistes Daniel Buren et Sarkis. Absalon y rencontre notamment Michael Asher, qui a une influence importante pour la suite de son travail.

Alors qu’il commence à collaborer avec la galerie Chantal Crousel à Paris en 1990, il déménage dans un atelier à Boulogne, construit par Le Corbusier pour l’artiste Jacques Lipchitz en 1924.

En janvier 1993, il inaugure une importante exposition monographique au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, organisée par Béatrice Parent et Angeline Scherf. Il y présente les prototypes de ses Cellules, des constructions blanches, bâties selon les proportions des mesures du corps de l’artiste et destinées à être installées dans six villes différentes pour y vivre. Conçues comme des « espaces mentaux » par Absalon, les Cellules déterminent une forme de vie fondée sur la résistance, l’habitude, le mécanisme et la contrainte, comme formes non pas d’aliénation mais d’émancipation. Il s’agit pour Absalon de vivre selon ses propres termes en se libérant des identités assignées.

En octobre 1993, à l’âge de 28 ans, Absalon succombe au virus du sida, sans avoir pu mener à bien son projet.

 

Alain Buffard, 1960-2013
Français

Danseur interprète tout au long des années 1980, le chorégraphe français Alain Buffard s’est véritablement « autoformé » avant de se rapprocher plus tard du travail de figures de la danse postmoderne américaine comme Yvonne Rainer ou Anna Halprin, tout en s’intéressant à des artistes de la performance comme Bruce Nauman, Vito Acconci, Mike Kelley ou Chris Burden. Il leur a probablement emprunté une conscience critique des gestes du quotidien, une résistance aux déterminations physiques et mentales et une économie minimaliste de la création.

 

Dora García, née en 1965
Espagnole

Depuis le début des années 1990, Dora García développe une œuvre conceptuelle, fondée sur une approche critique de certains motifs de la pensée occidentale. Utilisant la connaissance pour en explorer les limites, son travail textuel, voire linguistique, se focalise sur des glissements de significations, là où les concepts rencontrent les affects, où la pensée et la raison deviennent forme, croyance ou poésie.

 

Robert Gober, né en 1954
Américain

Le sculpteur américain Robert Gober s’est fait connaître dans les années 1980 pour ses reproductions d’objets quotidiens réalisées artisanalement, qui jouent sur une « inquiétante étrangeté » instaurée par une ambiguïté entre readymade et représentation, entre décor et fonction, réalisme et fiction. Ces reproductions d’objets banals prennent place dans une démarche politique qui conteste des assignations culturelles, sociales, sexuelles, religieuses et éducatives.

 

Felix Gonzalez-Torres, 1957-1996
Américain

La maladie et la disparition sont des thèmes récurrents chez Felix Gonzalez-Torres. Ses œuvres, essentiellement éphémères, prennent souvent la forme d’empilements d’objets. Bonbons, fortune cookies ou feuilles de papier, ces objets dont le visiteur est invité à se saisir, sont intimement liés à sa vie et aux drames qu’il a vécus : sa condition d’immigré cubain, son homosexualité, et le sida dont il décèdera en 1996. Profondément engagées, les œuvres de Gonzalez-Torres honorent la mémoire de ceux qui en sont morts et invitent chacun à la partager.

 

Marie-Ange Guilleminot, née en 1960
Française

L’œuvre de Marie-Ange Guilleminot qui fut la compagne d’Absalon à partir de 1990 entretient, comme le travail de celui-ci, une relation avec la notion d’« habiter », qu’elle entend comme une manière, précaire et discrète, de vivre et de répondre à des besoins physiologiques élémentaires dans une forme de nomadisme. Ses œuvres sont une interface entre son corps et le monde, révélant une vulnérabilité et une solitude fondamentale de l’être.

 

Mona Hatoum, née en 1952
Britannique d’origine Palestinienne

Née à Beyrouth et exilée à Londres à partir de 1975 alors que la guerre civile éclate au Liban, Mona Hatoum démarre au début des années 1980 sa carrière artistique par un travail de performance réagissant à l’oppression politique, au conditionnement social, à l’enfermement et à la surveillance étatique. Réalisées dans des galeries ou dans l’espace public, ces situations, plus symboliques que directement rattachées à des faits d’actualité, renvoient par métonymie aux fractures de la société et aux conflits mondiaux, tout en étant situées dans l’Angleterre des années 1980 « raciste, inégalitaire et ignorante des autres cultures ».

 

Laura Lamiel, née en 1948
Française

Le travail sculptural de Laura Lamiel, qui a pris la suite de son œuvre picturale à partir des années 1990, a souvent pris la forme de « cellules », des espaces blancs inaccessibles qui mettent en scène objets trouvés et matériaux bruts, rebuts et produits manufacturés, rigoureusement agencés et comme stockés, selon un ordre sensible et sensuel qui joue aussi bien du vide que du plein. Bien que proliférant et visuellement très varié, le travail de Laura Lamiel puise dans un répertoire formel volontairement réduit, qui recycle objets et matériaux d’une œuvre à l’autre.

 

Myriam Mihindou, née en 1964
Franco-gabonaise

La pratique multiforme de Myriam Mihindou pourrait autant être qualifiée de curative ou de magique qu’artistique. Ses performances sont des expériences intimes autant que des représentations, des rituels autant que des spectacles. Ses sculptures et dessins sont des formes symboliques autant que des objets de transmission, investis de pouvoirs empiriques. Artiste nomade, elle travaille en empathie avec des matériaux mais aussi des personnes et des situations culturelles spécifiques, s’attachant à réparer les blessures des corps et les psychés individuelles et collectives causées par différentes formes de domination, incluant notamment l’histoire coloniale.

 

BIOGRAPHIES DES COMMISSAIRES

Guillaume Désanges est un critique d’art et commissaire d’exposition. Il dirige Work Method, structure indépendante de production basée à Paris. Il a coordonné les activités artistiques des Laboratoires d’Aubervilliers (2001-2007). Il a développé plusieurs projets de conférences (Le Côté obscur de la forme, Une Histoire de la performance en 20 minutes, Signs and Wonders (Théorie de l’art moderne / théorème de l’art maudit) ; Vox Artisti : la voix de ses maîtres,) et des lectures. Il a été commissaire invité au Plateau Frac Île-de-France οù il a curaté la série Érudition concrète (2009-2011). Depuis 2013, il est le curateur de La Verrière - Fondation d’entreprise Hermès, à Bruxelles. Guillaume Désanges a organisé plusieurs expositions en France et à l’international, dont : L’Ennemi de mon ennemi avec Neïl Beloufa (Palais de Tokyo, Paris, 2018) ; L’Esprit français, Contre-cultures, 1969-1989 avec François Piron (La maison rouge - Fondation Antoine de Galbert, Paris, 2017) ; Poésie balistique (La Verrière - Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles, 2016) ; Ma’aminim, the believers (Prague tranzitdisplay, 2015) ; Une exposition universelle (section documentaire) avec Michel François (8Biennale d’Art Contemporain, Louvain-la-Neuve, Belgique, 2013) ; Plans d’évasion avec Michel François (solo show) (SMAK, Gand, 2009-2010), Intouchable. L’Idéal Transparence avec François Piron (Villa Arson, Nice, 2006 et Museo Patio Herreriano, Valladolid, 2007). Il a enseigné à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy et à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il enseigne actuellement à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon.

 

François Piron est critique d’art et commissaire d’exposition. Il est curateur au Palais de Tokyo, et fondateur de la maison d’édition Paraguay à Paris. Il a dirigé le programme post-diplôme international de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon de 2012 à 2020, et organisé la 5e Biennale de Rennes en 2016. Parmi ses expositions récentes : Three Moral Tales et Odradek (Malmö Konsthall, 2019 et 2018) ; Poésie prolétaire (Fondation d’entreprise Ricard, 2019) ; avec Guillaume Désanges, Contre-vents (Le Grand Café, Saint-Nazaire, 2019) et L’Esprit français, Contre-cultures, 1969-1989 (La maison rouge - Fondation Antoine de Galbert, Paris, 2017). Ses plus récentes publications se sont concentrées sur les œuvres de Katinka Bock (Roma Publications), Ian Kiaer (Archive Books), Guy Mees (Sternberg Press), Pieter Vermeersch (Ludion Press), Alexandre Estrela (Paraguay), Koenraad Dedobbeleer (Koenig Books) et Guy de Cointet (Paraguay).

 

 

Une exposition coproduite avec l'Institut Valencià d'Art Modern (IVAM)

Cette exposition est reconnue d'intérêt national par le ministère de la Culture / Direction des Affaires culturelles de la Nouvelle-Aquitaine. Elle bénéficie à ce titre d'un soutien financier exceptionnel de l'État

Avec le soutien de l'Institut français à Paris, de la ville de Bordeaux et de Bordeaux Métropole.


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-> Nef du musée
-> Disabled access
-> Price: 7€ ; 4€ (tarif réduit)

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