CAPC
musée d'art contemporain
de Bordeaux
<- Wednesday 29 January 2020 ->

• 29 January 2020 - 12h30 > 13h30

ART HISTORY // "DES HISTOIRES CONTRE L'HISTOIRE, SAISON 2 : CéLéBRATIONS CRITIQUES" //

GUILLAUME DéSANGES
L'esprit français, Contre-cultures, 1969-1989
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1er rendez-vous du cours d'histoire de l'art 2020 par Guillaume Désanges.

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L’esprit français, Contre-cultures, 1969-1989
(exposition présentée du 24 février au 21 mai 2017 ;
La maison rouge - fondation Antoine de Galbert, Paris)

De la figuration narrative à la violence graphique de Bazooka, des éditions Champ Libre à la création des radios libres, de Hara Kiri à Bérurier Noir, cette exposition rend compte d’un « esprit français » critique, irrévérencieux et contestataire, en proposant une multitude de filiations et d’affinités. L’exposition assume une forme de révision esthétique, en allant regarder vers d’autres « genres » de la création que ceux généralement mis en avant dans l’art contemporain. À travers une soixantaine d’artistes et plus de 700 œuvres et documents, elle rassemble à la fois journaux, tracts, affiches, extraits de films, de vidéos et d’émissions de télévision, issus des archives de l’Institut national de l’audiovisuel (Ina), partenaire du projet et dont le fonds, riche de programmes iconoclastes, se fait l’écho de cet « esprit français ».

 

La France est un pays qui ne s’aime pas, mais qui ne peut se penser ailleurs qu’au centre d’un modèle culturel, où l’autoréférentialité et l’autocélébration vont de pair. Au sortir des années 1960, une génération est marquée par la « pensée 68 », qui mêle toutes les libérations, politiques, sociales, esthétiques et de modes de vie, tout en
se maintenant dans un quasi-statu quo politique. Cette situation va durablement marquer différentes formes de contre-cultures, mouvements d’émancipation et de contestation, et sans le savoir, créer de nouvelles formes d’avant-garde où les cultures populaires (cinéma, rock, bande dessinée, journalisme, télévision, graffiti…) influent
sur les champs plus traditionnels de la culture (littérature, philosophie, art contemporain, théâtre). Elles forment une nébuleuse trouble de pratiques autonomes qui circulent avec fluidité entre ces champs, témoignant d’un singulier « esprit
français », mélange d’idéalisme et de nihilisme, d’humour caustique et d’érotisme, de noirceur et d’hédonisme. De fait, il semble qu’une humeur spécifique imprègne les marges françaises : de l’émergence d’un « mouvement de la jeunesse », grandi à l’ombre de la « société du spectacle » de Guy Debord, irrévérencieux, arrogant, politiquement équivoque, à la crise qui devient le motif central de la politique, de Giscard à Mitterrand.
À partir de cette matrice diachronique (L’esprit français) et synchronique (la période 1969-1989), il s’agit de jouer à « profiler » une impossible identité en explorant ses chemins de traverse, ses branches alternatives, qui sont paradoxalement le terreau d’une excellence reconnue à l’export. Le projet privilégie donc les figures déviantes, les antihéros, les créateurs à côté de l’histoire admise soit parce qu’ils furent trop marginaux, soit parce qu’ils furent trop mainstream.
Les sexualités, la militance, le dandysme et la violence opèrent comme des fils rouges dans l’exposition qui s’organise en chapitres notamment consacrés aux contre-éducations, au sabotage de l’identité nationale, mais aussi à l’influence du Marquis de Sade sur certaines pratiques radicales. Les modes de production et de diffusion alternatifs dans la presse et les médias, en même temps que la persistance d’une violence contestataire et sa répression tout aussi brutale, construisent aussi un paysage social qui s’assombrit, sur fond de crise, d’émergence du chômage de masse, de ségrégation et d’une banlieue trop froide ou trop chaude qui catalyse les malaises.
Cette cartographie inédite et subjective de personnalités diverses balaye tous les champs de la création : arts plastiques (Lea Lublin, Pierre Molinier, Pierre Klossowski, Michel Journiac, Claude Lévêque, Daniel Pommereulle, Jacques Monory, Françoise Janicot…), arts graphiques (Roland Topor, Olivia Clavel, Kiki Picasso, Pascal Doury…), littérature et pensée (Félix Guattari, Guy Hocquenghem…), musique (Marie-France, Serge Gainsbourg, Bérurier Noir…), théâtre (Copi, Jean-Louis Costes…), cinéma et vidéo (Carole Roussopoulos, Jean-Claude Averty, Paul Vecchiali, Jean-Pierre Bouyxou…), mais elle explore aussi des lieux emblématiques comme la clinique de La Borde, la cité de la Grande Borne, le trou des Halles ou Le Palace.
En France, de la contre-culture à la sous-culture, il n’y a qu’un pas. Beaucoup parmi les artistes montrés, ont d’ailleurs fait le choix volontaire et manifeste de ne pas aller vers l’art, tout en restant à côté, parfois tout proche, comme pour y puiser, sans en subir les prescriptions. D’autres, à l’intérieur même de ce champ, sont restés fidèles à des manières qui ne se faisaient pas : figuration, caricature, ethnographie, militance politique. Autant de dissidences esthétiques qui sont des formes de résistance à un ordre formel des choses et qui viennent redonner de la diversité à une histoire de l’art français un peu monochrome. À travers la convocation d’idées et de pratiques singulières, qui furent un temps marginalisées, il s’agit, sans nostalgie, d’éclairer des mutations culturelles mais aussi de réactiver certaines énergies au présent.


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-> Auditorium du CAPC
-> Disabled access
-> Price: Gratuit
-> Free entrance

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