CAPC
musée d'art contemporain
de Bordeaux
<- mercredi 29 mai 2019 ->

• 29 mai 2019 - 19h > 21h

CONFéRENCE

OLIVIER LUSSAC
Fluxus et la musique
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L’exposition consacrée à Takako Saito offre l’occasion de revenir sur l’histoire de Fluxus.    
Olivier Lussac examine les liens de Fluxus avec la musique et analyse les enjeux politiques et subversifs de cette mouvance.

La conférence sera suivie de la projection du film de Peter Moore Stockhausen's Originale: Doubletakes (1964).

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Comme de nombreux groupes artistiques des années 1960 qui constituent notre fond contemporain, Fluxus est resté dès ses origines un sujet de controverses, de différends et de scandales. Il demeure encore aujourd’hui le mouvement le plus subversif des années 1960. Pourtant il mérite à bien des égards d’être reconsidéré. Il est juste que nous nous attardions sur ses aspects artistiques les plus originaux et souvent les plus indécents, sans toutefois céder à sa fougue ou à son ivresse révoltée. Dans le sillage d’illustres précurseurs, rebelles eux aussi dans l’âme et de visées utopiques, — futuristes, dadaïstes, constructivistes ou surréalistes —, la réunion d’artistes autour d’un drôle de lituanien marxiste et rebelle, George Maciunas, est non seulement l’une des plus fertiles, mais aussi l’une des plus méconnues de l’histoire. Si Fluxus a été largement ignoré dans notre pays, c’est beaucoup pour des raisons de moralité. Ce n’est pas un art raisonnable, réfléchi et digne d’intérêt. Certes, nous pouvons comprendre cette réticence à explorer une telle incongruité artistique, tant celle-ci fut critique vis-à-vis de la société de consommation, de la culture sérieuse et des rouages d’une représentation artistique conventionnelle. « La beauté, a alors dit Wolf Vostell, est un acte moral. […] C’est la morale qui produit la beauté, la créativité est un degré de la morale. » Mais cette création est au cœur de l’entreprise expérimentale en art. Fluxus dénonce par son humour les tenants d’une institution culturelle trop figée dans ses préjugés et dans ses artifices de codification artistique. Comme le souligne Élisabeth Armstrong dans le catalogue L’Esprit Fluxus (Marseille) :

« L’un des objectifs ultimes que Maciunas assignait à Fluxus, était de saper le rôle traditionnel de l’art et de l’artiste. Il espérait démontrer que tout un chacun est artiste et les artistes NE sont PAS par conséquent indispensables. Dès le début, ses buts furent sociaux (pas esthétiques) et soucieux de “l’élimination progressive des beaux-arts” qu’il voyait comme un gaspillage de ressources susceptibles d’être consacrées à des “fins [plus] constructive”. »

Fluxus n’est à proprement parler ni un mouvement ni un style particulier. Ce n’est sans doute pas un rassemblement organisé d’individus recherchant un même objectif artistique. Fluxus est peut-être une attitude, un esprit particulier envers la création artistique, l’art et la vie. Probablement c’est encore une simple tendance, réunissant bon nombre de formes d’art expérimental, et étant considérée, toujours aujourd’hui, comme l’une des formes les plus subversives de l’art contemporain.

 

Olivier Lussac est professeur en art à l’Université de Lorraine. Il a publié deux ouvrages sur Fluxus : Happening et Fluxus (2004), Fluxus et la musique (2010). Depuis plusieurs années, il se consacre à des études sur la performance artistique (art-action) et prépare un ouvrage sur ce sujet (la performance en regard de la violence, notamment l’objectivation), ainsi qu’une direction d’ouvrage (autour d’expériences performatives). 

 

Stockhausen's Originale: Doubletakes,
un film de Peter Moore 
1964-94, 30 min., N&B, son, film 16 mm transposé en vidéo.
Courtesy Electronic Arts Intermix (EAI), New York. 

Ce film fascinant documente la première américaine de Originale, au Judson Hall de New York, un happening imaginé par le composeur Karlheinz Stockhausen à l’occasion du second Avant Garde Festival dirigé par Charlotte Moorman et Norman Seaman.

L’évènement orchestré par Allan Kaprow a réuni des performers associés à la mouvance Fluxus tels que Nam June Paik ou Jackson Mac Low.

 

Peter Moore
Après une enfance passée au Royaume-Uni, il part au début des années 1950 pour les États-Unis, étudie la photographie au Haverford College puis au Massachusetts Institute of Technology. Il débute dans les chambres noires de Life Magazine, puis commence dans les années 1960 à s’intéresser au milieu des arts du spectacle, ce qui le conduit à rencontrer George Maciunas à la AG Gallery. Il devient alors progressivement, le photographe et le documentariste des actions de Fluxus, et cela jusqu’à la mort de George Maciunas en 1978. En 1964 il filme la représentation d’Originale de Karlheinz Stockhausen au Judson Hall, se rend à Berlin en 1976 à l’invitation de George Maciunas, pour photographier Flux Labyrinth à l‘Akademie der Kunst. ll participe en 1967 au début de Implosions Inc, entreprise destinée à la production d’objets Fluxus. Par ailleurs, c’est un témoin essentiel de l‘évolution du théâtre et de la danse ; entre les années 1960 et 1980, il assiste aux représentations données au Judson Dance Theatre à New York, et photographie entre autres Trisha Brown, Yvonne Rainer, Simone Forti, Lucinda Child ou Merce Cunningham. Peter Moore est aujourd’hui reconnu comme l’historien de « l’art performatif » de cette époque, dont on estime la qualité artistique des photographies.

Remerciements à
la Fondation du doute
www.fondationdudoute.fr


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-> Auditorium du musée
-> Voie d'accès pour personnes handicapées
-> Tarifs : Gratuit
-> Entrée libre

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